D'après Eric S. RAYMOND, traduction de Stéphane FERMIGIER et Emmanuel JUD,
modifications apportées par SoH.
Il existe une communauté, une culture partagée, de programmeurs
expérimentés et de spécialistes des réseaux, dont l'histoire remonte aux
premiers mini-ordinateurs multi-utilisateurs, il y a quelques dizaines d'années,
et aux premières expériences de l'ARPAnet (le réseau connu aujourd'hui sous le
nom d'Internet). Les membres de cette culture ont créé le mot "hacker''. Ce sont
des hackers qui ont créé l'Internet. Ce sont des hackers qui ont fait du système
d'exploitation Unix ce qu'il est de nos jours. Ce sont des hackers qui font
tourner les newsgroups (forums de discussion), Usenet et le World Wide Web.
Si vous faites partie de cette culture, si vous y avez contribué et si
d'autres personnes qui en font partie savent qui vous êtes et vous considèrent
comme un hacker, alors vous êtes un hacker.
L'état d'esprit d'un hacker ne se réduit pas à cette culture des hackers du
logiciel. Il y a des gens qui appliquent l'attitude du hacker à d'autres
domaines, comme l'électronique ou la musique. En fait, on trouve cet esprit à
l'état le plus avancé dans n'importe quel domaine de la science ou des arts. Les
hackers du logiciel reconnaissent cette similitude d'esprit, et certains
affirment que la nature même du hacker est indépendante du domaine particulier
auquel le hacker se consacre réellement. Mais dans la suite de ce document, nous
nous concentrerons sur les aptitudes et les attitudes des hackers du logiciel,
et sur les traditions de la culture partagée qui a créé le terme "hacker''.
Mais d'autres personnes se considèrent comme des "hackers" alors qu'elles
n'en sont pas. Ce sont les personnes qui prennent plaisir à détruire ou
endommager des systèmes informatiques à distances. Ce sont ces personnes que
vous trouverez sur des sites de chat, et qui vous menaceront de vous planter
votre système. Ce sont ces personnes que vous pourrez entendre partout raconter
leurs "exploits", du genre :"J'ai fait planter l'ordi d'un mec avec un programme
hier, jsuis trop fort". Ces personnes sont justes capables d'utiliser des
programmes écrits par des hackers, rien de plus. Les vrais hackers appellent ce
genre de personnes des crashers, ou des lamerz. La différence est qu'un lamer
n'a quasiment aucune compétence, et ne fait que flamber, alors qu'un crasher
possède des connaissances, mais les utilise pour détruire. Dans tous les cas,
les "hackers" ne veulent rien avoir à faire avec ce type de personnes. Mais
malheureusement, les médias, mals informés, utilisent souvent le terme "hacker"
pour désigne les crashers dont on parle souvent. Et inutile de vous dire que cet
amalgame n'est pas pour plaire aux hackers...
La différence fondamentale est la suivante: les hackers construisent des
choses, les crachers les cassent. Les lamers, quant à eux, flambent.
Si vous voulez devenir un hacker, alors continuez cette lecture. Si vous voulez
devenir un cracher, allez lire le newsgroup alt.2600, c'est tout ce que j'ai à
en dire.
L'attitude des hackers
Les hackers résolvent des problèmes, construisent des choses et croient à la
liberté et à l'entraide volontaire. Pour être accepté comme un hacker, vous
devez vous comporter comme si vous aviez ce type d'attitude vous-même. Et pour
vous comporter comme si vous aviez ce type d'attitude, vous devez vraiment y
croire.
Mais si vous pensez qu'adopter l'attitude d'un hacker n'est qu'un moyen pour
être accepté dans la culture des hackers, alors vous avez raté le point
essentiel: il faut croire à ces principes pour en tirer la motivation
personnelle pour continuer à apprendre. Comme pour tous les arts créatifs, la
façon la plus efficace de devenir un maître est d'imiter l'état d'esprit des
maîtres - non seulement intellectuellement - mais aussi émotionnellement.
Donc, pour devenir un hacker, répétez les phrases suivantes jusqu'à y croire
réellement :
1. Le monde est plein de problèmes fascinants qui n'attendent que d'être
résolus
C'est très amusant d'être un hacker, mais c'est un amusement qui demande
beaucoup d'efforts, et l'effort demande de la motivation. Les champions sportifs
tirent leur motivation d'un plaisir physique à accomplir des performances avec
leur corps, à dépasser leurs propres limites physiques. De façon similaire, pour
être un hacker, il faut ressentir une certaine excitation à résoudre des
problèmes, à affûter ses compétences et à exercer son intelligence.
Si pour vous cette façon de penser n'est pas naturelle, il faut qu'elle le
devienne si vous voulez devenir un hacker. Autrement, vous allez découvrir que
votre énergie va se disperser dans des distractions comme le sexe, l'argent ou
la reconnaissance sociale.
(Vous devez également développer une certaine foi en votre propre capacité
d'apprentissage : même si vous ne savez pas tout ce qu'il faut pour résoudre un
problème, si vous en traitez seulement une partie et que vous en apprenez
quelque chose, alors vous allez réussir à traiter la partie suivante, et ainsi
de suite jusqu'à ce que le problème soit résolu.)
2. Personne ne devrait jamais avoir à résoudre le même problème deux fois.
Les cerveaux créatifs sont une ressource précieuse et limitée. Il ne faut pas la
gâcher en réinventant la roue quand il y a tant de problèmes fascinants qui
attendent.
Pour vous comporter comme un hacker, vous devez vous convaincre que le temps de
pensée des autres hackers est précieux, à tel point que c'est pour vous une
obligation morale de partager vos informations, de résoudre des problèmes et
d'en donner les solutions pour que les autres hackers puissent résoudre de
nouveaux problèmes au lieu de perpétuellement revenir sur les mêmes.
(Il n'est pas nécessaire de vous croire obligé de donner toute votre production
créative, bien que les hackers les plus respectés soient ceux qui le font. Il
est tout à fait compatible avec les valeurs des hackers d'en vendre une partie
suffisante pour payer sa nourriture, son loyer et ses ordinateurs, d'entretenir
une famille et même de devenir riche, à condition de ne jamais oublier que vous
êtes un hacker pendant tout ce temps.)
3. La routine et l'ennui sont inacceptables.
Les hackers (et les gens créatifs en général) ne devraient jamais se consacrer à
des tâches ennuyeuses ou répétitives, parce que cela signifie qu'ils ne font pas
ce qu'eux seuls savent faire : résoudre de nouveaux problèmes.
Pour se comporter comme un hacker, vous devez vous en convaincre suffisamment
pour automatiser les parties ennuyeuses de votre travail, non seulement pour
vous-même, mais aussi pour tous les autres (et particulièrement les autres
hackers).
(Il y a une exception apparente à cette règle : un hacker va parfois faire des
choses qui semblent répétitives ou ennuyeuses à un observateur pour se vider
l'esprit, pour acquérir une nouvelle compétence, ou pour faire une expérience
particulière. Mais c'est toujours par choix : une personne capable de penser ne
devrait jamais être forcée à faire un travail ennuyeux.)
4. Vive la liberté!
Les hackers sont naturellement anti-autoritaristes. Si une personne peut vous
donner des ordres, elle peut vous empêcher de résoudre le problème particulier,
quel qu'il soit, par lequel vous êtes fasciné à un instant donné. Et, vu la
façon dont les esprits autoritaristes fonctionnent, elle trouvera en général une
raison particulièrement stupide de le faire. Par conséquent, les attitudes
autoritaristes doivent être combattues partout où elles se trouvent.
(Ce n'est pas la même chose que de combattre toute forme d'autorité. Les enfants
ont besoin d'être guidés, et les criminels d'être arrêtés. Un hacker peut
accepter de se soumettre à une certaine forme d'autorité pour obtenir quelque
chose qu'il désire plus que le temps perdu à suivre les ordres. Mais c'est un
marchandage limité, conscient. Une soumission totale à une autorité donnée est
hors de question.)
Les autoritaristes se nourrissent de censure et de secrets. Et ils se méfient de
l'entraide mutuelle et du partage d'informations. Ils n'apprécient la
"coopération" que quand ils peuvent la contrôler. Donc, pour vous comporter
comme un hacker, vous devez développer une hostilité instinctive vis-à-vis de la
censure, du secret et de l'usage de la force ou de la ruse pour dominer des
adultes responsables. Et vous devez vous tenir prêt à agir conformément à cette
conviction.
5. L'attitude n'est pas un substitut à la compétence.
Pour être un hacker, vous devez développer un certain nombre de ces attitudes.
Mais cela seul ne suffira pas à faire de vous un hacker, pas plus qu'un champion
sportif ou une rock star. Pour devenir un hacker, il faut de l'intelligence, de
l'expérience, de la persévérance et beaucoup de travail.
Par conséquent, vous devez apprendre à vous méfier des attitudes et à respecter
les compétences, quelles qu'elles soient. Les hackers ne se laissent pas
impressionner par les poseurs, mais ils apprécient les compétences,
particulièrement les compétences de hackers, mais aussi toutes les autres. Les
compétences dans les domaines exigeants maîtrisées par une élite sont
particulièrement appréciées, et plus particulièrement celles qui nécessitent un
esprit perçant et une grande concentration.
Si vous respectez la compétence, alors vous aimerez travailler à vous améliorer
sans cesse, et cela sera plus un plaisir qu'une routine. C'est vital pour
devenir un hacker.
Les compétences de base du hacker
Il est vital d'avoir une attitude de hacker, mais encore plus vital d'en avoir
les compétences. L'attitude n'est pas un substitut pour la compétence, et il
convient de développer un ensemble minimal de compétences avant que l'idée
n'effleure un autre hacker de vous accepter comme son pair.
Cet ensemble change lentement au cours du temps, au fur et à mesure que
l'évolution technologique crée de nouvelles compétences et en rend d'autres
obsolètes. Par exemple, à une certaine époque il convenait de savoir programmer
en assembleur et il n'était pas question, jusqu'à une date récente, de HTML.
En tout état de cause, il est clair que cela inclut, fin 1996 : 1. Apprendre
à programmer.
C'est, évidemment, la compétence fondamentale du hacker. En 1997, le langage à
connaître absolument est le C (mais ce n'est probablement pas celui qu'il faut
apprendre en premier). Mais vous n'êtes pas un hacker (ni même juste un
programmeur) si vous ne connaissez qu'un seul langage. Il faut apprendre à
penser à la programmation en termes généraux, indépendamment d'un langage
particulier. Pour être un vrai hacker, il faut être arrivé au point où vous
pouvez apprendre un nouveau langage en quelques jours, en faisant le rapport
entre ce qui est écrit dans le manuel et vos propres connaissances. Cela
signifie que vous devez apprendre plusieurs langages très différents.
A part le C, vous devez également apprendre LISP [ou Scheme, NDT] et Perl [ou
Python, NDT], et Java aura bientôt sa place également dans la liste. En plus
d'être les langages les plus pratiqués par les hackers, ils représentent chacun
une approche très différente de la programmation, et contribueront de façon très
sensible à votre éducation.
Je ne peux pas vous donner un cours complet sur "comment apprendre à
programmer'', c'est quelque chose de très complexe. Mais je peux vous dire que
les livres et les cours ne suffisent pas (la plupart des meilleurs hackers sont
autodidactes). Ce qu'il faut, c'est (a) lire du code et (b) écrire du code.
Apprendre à programmer, c'est comme apprendre à écrire correctement dans un
langage humain. La meilleure façon d'y arriver, c'est de lire des trucs écrits
par des maîtres, d'en écrire un peu, d'en lire beaucoup plus, d'en écrire un peu
plus, etc. jusqu'à ce que vous arriviez à écrire avec la même force et la même
économie de moyens que vos modèles.
Trouver du bon code à lire a longtemps été difficile, parce qu'il y avait très
peu de gros programmes disponibles sous forme de sources pour que les apprentis
hackers puissent les lire et les étudier. Heureusement, cette situation a
évolué, et maintenant des logiciels libres, des outils de programmation libres
et des systèmes d'exploitation libres (tous disponibles sous forme de sources,
tous écris par des hackers) sont maintenant très faciles à trouver. Cela nous
amène directement à notre sujet suivant...
2. Installer un Unix libre et apprendre à s'en servir.
Je vais supposer que vous possédez, ou que vous avez accès à un ordinateur
personnel. Pour un débutant qui aspire à acquérir des compétences de hacker,
l'action la plus importante à entreprendre est d'obtenir une copie de Linux ou
d'un des clones de BSD, de l'installer sur une machine personnelle, et de le
faire tourner.
Bien sûr, il y a d'autres systèmes d'exploitation dans le monde à part Unix. Le
problème, c'est qu'ils sont distribués sous forme de binaires. Vous ne pouvez
pas lire le code, et encore moins le modifier. Apprendre à hacker sur une
machine DOS ou Windows, ou sous MacOS, c'est comme d'apprendre à danser en étant
plâtré des pieds à la tête.
En plus, Unix est le système d'exploitation de l'Internet. On peut apprendre à
utiliser l'Internet sans connaître Unix, mais on ne peut pas être un hacker de
l'Internet sans le comprendre. C'est pour cette raison que la culture des
hackers est à l'heure actuelles fortement Unix-centrique. (Ce n'a pas été
toujours le cas, et quelques hackers âgés regrettent cet état de fait, mais la
symbiose entre Unix et l'Internet est devenue suffisamment forte pour que même
Microsoft semble s'y casser les dents.)
Donc, installez un Unix (j'aime bien personnellement Linux mais d'autres choix
sont possibles). Apprenez-le. Faites-le tourner. Parlez à l'Internet avec. Lisez
le code. Modifiez le code. Vous trouverez de meilleurs outils de programmation
(y compris C, Lisp, Perl) que sous n'importe quel système d'exploitation de
Microsoft, vous vous amuserez, et vous en tirerez plus de connaissances que ce
que vous avez l'impression d'apprendre, jusqu'à ce que vous deveniez un vrai
maître hacker. Pour en savoir plus sur comment apprendre Unix, voir The
Loginataka.
Pour obtenir Linux, voir Where To Get Linux [En français, allez voir sur
Freenix, ou Loria, NDT].
3. Apprendre à utiliser le World Wide Web et à écrire en HTML.
La plupart des choses créées par la culture des hackers travaillent dans
l'ombre, en aidant à faire tourner des usines, des bureaux et des universités,
sans impact direct sur les vies des non-hackers. Il y a une grosse exception, le
Web, ce jouet de hacker énorme et lumineux dont même les politiciens admettent
qu'il est en train de changer la face du monde. Rien que pour cette raison (et
pour de bonnes raisons par ailleurs), vous devez apprendre à travailler avec le
Web.
Cela ne signifie pas seulement apprendre à utiliser un browser [navigateur,
butineur, NDT], mais aussi apprendre à écrire en HTML, le langage de balisage du
Web. Si vous ne savez pas programmer, le fait d'écrire en HTML vous apprendra
quelques habitudes mentales qui vous aideront à démarrer. Donc, faites-vous une
home page [page personnelle, NDT].
Mais ce n'est pas seulement d'avoir une home page qui fera de vous un hacker. Le
Web est plein de home pages. La plupart sont d'un intérêt absolument nul,
parfois jolies à regarder mais nulles quand même (pour plus d'information voir
The HTML Hell Page).
Pour être utile, votre page doit avoir du contenu. Elle doit être intéressante
et/ou utile pour les autres hackers. Cela nous conduit à notre sujet suivant...
Les statuts dans la culture des hackers
Comme pour la plupart des cultures sans économie monétaire, le fondement de la
culture des hackers est la réputation. Vous essayez de résoudre des problèmes
intéressants, mais seuls vos pairs ou vos supérieurs dans la hiérarchie
technique sont à même de juger si ces problèmes sont intéressants, et si ces
solutions sont vraiment correctes.
Par conséquent, si vous jouez le jeu du hacker, vous apprenez le score
principalement à partir de ce que les autres hackers pensent de vos capacités,
et c'est pour ça que l'on n'est vraiment un hacker que lorsque les autres
hackers vous considèrent comme tel. Ce fait est obscurci par l'image du hacker
comme un travailleur solitaire, aussi bien que par un tabou de la culture des
hackers (qui s'estompe progressivement mais qui reste présent) : le fait
d'admettre qu'une partie de sa motivation vient de son ego ou de la recherche
d'une acceptation externe.
De façon spécifique, le monde des hackers constitue ce que les anthropologues
appellent une culture du don. On obtient un statut ou une réputation non pas en
dominant les autres, en étant beau ou en possédant des choses que les autres
désirent, mais en faisant des dons : de son temps, de sa créativité, du résultat
de ses compétences.
Il y a principalement cinq types de choses à faire pour être respecté par les
hackers :
1. Ecrire des logiciels libres.
La première, la plus centrale et la plus traditionnelle, est d'écrire des
programmes dont les autres hackers pensent qu'ils sont amusants ou utiles, est
de faire don du code source pour que toute la communauté des hackers puisse les
utiliser.
Les "demi-dieux" les plus respectés dans l'univers des hackers sont ceux qui ont
écrit des programmes importants, utiles et correspondant à un besoin répandu, et
qui en ont fait don à la communauté, de sorte que maintenant tout le monde s'en
sert.
2. Aider à tester et à débugger des logiciels libres.
Il est également utile d'aider à débugger et à perfectionner les logiciels
libres. Dans ce monde imparfait, nous passons inévitablement la part la plus
importante du temps de développement d'un logiciel dans la phase de débuggage.
C'est pour cela que les auteurs de logiciels libres savent que des bons
béta-testeurs (ceux qui savent décrire les symptômes clairement, localiser
précisément les problèmes, qui peuvent tolérer quelques bugs dans une
distribution rapide et qui sont prêt à appliquer une procédure de diagnostic
simple) valent leur pesant d'or. Un seul d'entre eux peut faire la différence
entre une séance de débuggage cauchemardesque et une simple nuisance salutaire.
Si vous êtes un débutant, essayez de trouver un programme en cours de
développement qui vous intéresse et de devenir un bon béta-testeur. C'est une
progression naturelle que de commencer par aider à tester des programmes, puis
d'aider à les débugger, puis d'aider à les modifier. Vous apprendrez beaucoup de
cette façon, et vous vous ferez un bon karma par rapport à des gens qui vous
aideront plus tard.
3. Publier des informations utiles.
Une autre bonne chose est de réunir et de filtrer des informations utiles et
intéressantes sous forme de pages Web ou de documents comme les FAQs (listes de
Frequently Asked Questions, [en français, Foires Aux Questions, NDT]) et de les
rendre accessibles à tous.
Les personnes qui maintiennent les FAQs techniques les plus importantes sont
presque autant respectées que les auteurs de logiciels libres.
4. Aider à faire tourner l'infrastructure.
La culture des hackers (et le développement technique de l'Internet) marche
grâce à des volontaires. Il y a beaucoup de travail peu excitant, mais
nécessaire, qui doit être fait pour que ça continue à tourner : administrer les
mailing lists [listes de diffusion, NDT], modérer les newsgroups, gérer les
sites d'archives de logiciels, écrire les RFC [Requests For Comments, les
"normes'' de l'Internet] et autres standards techniques.
Les gens qui font ce genre de choses sont très respectés, parce que tout le
monde sait que c'est un boulot qui demande énormément de temps et qui n'est pas
aussi drôle que de jouer avec du code.
5. Servir la culture des hackers elle-même.
Pour finir, vous pouvez servir et propager la culture elle-même (par exemple, en
écrivant une introduction précise [ou une traduction d'icelle, NDT] sur comment
devenir un hacker :-)). ce n'est pas quelque chose qu'il vous sera possible de
faire avant d'avoir été dans le bain pendant un certain temps et d'être devenu
bien connu pour l'une des quatre premières choses.
La culture des hackers n'a pas de chefs, au sens précis du terme, mais elle a
des héros, des historiens et des porte-parole. Quand vous aurez été dans les
tranchées pendant assez longtemps, vous pourrez peut-être devenir l'un de
ceux-ci. Mais attention : les hackers se méfient des egos surdimensionnés chez
les anciens de leur tribu. Il faut donc éviter de montrer ouvertement que l'on
recherche à obtenir ce genre de célébrité. Il vaut mieux faire en sorte qu'elle
vous tombe toute cuite dans votre assiette, et toujours rester modeste à sujet
de votre statut.
Le rapport entre les hackers et les nerds
Contrairement à un mythe populaire, on n'a pas besoin d'être un nerd [polard,
NDT] pour être un hacker. Cela aide, cependant, et de nombreux hackers sont en
fait des nerds. D'être un proscrit social vous aide à vous concentrer sur les
choses importantes, comme penser et hacker.
C'est pour cette raison que de nombreux hackers ont adopté l'étiquette "nerd" et
utilisent même le terme plus cru de "geek" comme un insigne honorifique; c'est
une façon de déclarer leur indépendance vis-à-vis des attentes normales de la
vie sociale. Voir The Geek Page pour une discussion exhaustive.
Si vous arrivez à vous concentrer suffisamment sur le hack pour y exceller et
vivre votre vie par ailleurs, tant mieux. C'est beaucoup plus facile à présent
que lorsque j'étais un débutant. La culture dominante est beaucoup plus
tolérante de nos jours vis-à-vis des techno-nerds. Il y a même un nombre
croissant de gens pour penser que les hackers forment un matériel de premiers
choix en tant que petit(e) ami(e)/mari/femme (consultez par exemple Girl's Guide
to Geek Guys).
Si vous voulez devenir un hacker parce que vous n'avez pas de vie privée, pas de
problème : au moins il n'y aura rien pour vous empêcher de vous concentrer. Et
vous finirez peut-être par en avoir une un jour.
Style de vie
Encore une fois, pour être un hacker, il faut entrer dans l'état d'esprit du
hacker. Pour cela, il y a quelques activités que l'on pratique loin d'un
ordinateur qui semblent aider. Ce ne sont évidemment pas des substituts à la
pratique de l'informatique, mais de nombreux hackers les pratiquent, et pensent
qu'elles sont reliées de façon fondamentale à l'essence du hack.
Lire de la science-fiction. Aller à des conventions de SF (un bon moyen pour
rencontrer des hackers et des proto-hackers);
Pratiquer le Zen et/ou les arts martiaux (pour la discipline mentale);
Ecouter et analyser de la musique, apprendre à apprécier des formes
particulières de musique. Apprendre à bien jouer d'un instrument, ou à chanter;
Apprécier les jeux de mot;
Apprendre à bien écrire dans sa langue maternelle.
Plus vous pratiquez ces disciplines, plus il est probable que vous pourrez
naturellement faire un bon hacker. Les raisons pour lesquelles ces activités
sont importantes ne sont pas claires, mais il semble que ce soit parce qu'elles
font intervenir à la fois les parties gauche et droite du cortex (les hackers
ont besoin de passer de façon instantanée d'un raisonnement logique à une
perception plus subjective d'un problème).
Pour finir, une liste de choses à ne pas faire:
Ne pas utiliser des noms de pseudos grandiloquents ou stupides;
Ne pas intervenir dans les flame wars [guerres au lance-flamme] dans les
newsgroups Usenet ou ailleurs;
Ne pas s'autoproclamer "cyberpunk'', et ne pas perdre son temps avec quelqu'un
qui le fait;
Ne pas poster de message rempli de fautes d'orthographe ou de grammaire.
La seule réputation que vous vous ferez de cette façon est celle d'un parfait
idiot. Les hackers ont la mémoire longue. Cela pourra vous prendre plusieurs
années avant que de telles erreurs soient oubliées.
Foire Aux Questions :
Q: Est-ce que pouvez m'apprendre à hacker?
Depuis que j'ai publié cette page, je reçois plusieurs demandes par semaine de
gens qui me demandent "apprenez-moi tout sur le hack''. Malheureusement, je n'ai
ni le temps, ni l'énergie pour cela. Mes propres projets de hacks m'occupent
déjà à 110%.
Et même si je le faisais, être un hacker est une attitude et une compétence que
l'on doit essentiellement apprendre par soi-même. Vous verrez que même si les
vrais hackers sont prêts à vous aider, ils ne vous respecteront pas si vous les
suppliez de vous transmettre tout ce qu'ils savent à la petite cuillère.
Commencez par apprendre deux ou trois choses. Montrez que vous essayez, que vous
êtes capable d'apprendre par vous-même. Ensuite, vous pourrez aller voir les
hacker avec des questions.
Q: Où puis-je trouver des vrais hackers pour discuter avec eux?
Sûrement pas sur IRC, en tout cas. Il n'y a que des flammeurs et des crackers, à
perte de vue (même si on peut y trouver de "vrais" hackers, mais il faut
chercher longtemps ![NdW]). Le mieux est de contacter un groupe local
d'utilisateurs d'Unix ou de Linux et d'aller à leurs réunions (on peut en
trouver une liste sur la page Linux Users' Group de Sunsite).
Q: Quel langage dois-je apprendre en premier?
HTML, si vous ne le connaissez pas déjà. On trouve plein de livres à la
couverture brillante et chamarrée sur HTML, qui sont par ailleurs très mauvais,
et très peu de bons. Celui que je préfère est HTML: The Definitive Guide. [En
français, on trouvera une bonne introduction (non technique) dans l'article du
micro-bulletin Concevoir et faire vivre des sites Web, NDT.]
Si vous voulez commencer à programmer, je vous conseille de commencer par Perl
ou par Python. Le C est vraiment important, mais beaucoup plus difficile.
Q: Par où dois-je commencer? où puis-je trouver un Unix libre?
J'ai inclus ailleurs dans cette page des pointeurs sur comment obtenir linux.
Pour devenir un hacker, il vous faut de la motivation, le sens de l'initiative
et la capacité à apprendre par vous-même. Alors, c'est le moment ou jamais...